Force m'est de constater que lorsqu'on fait des choix "différents" de madame et monsieur tout le monde, surtout des choix non consuméristes, principalement quand on devient parent, on passe souvent pour des extraterrestres ou des illuminés...
Et, ce qui partait d'une envie de faire au mieux, est perçu par beaucoup, comme une lubie utopique qui passera, pour finir par faire "comme tout le monde".
Combien de fois je l'ai entendu ce "tu verras tu fera comme tout le monde!", mais sacrebleu c'est qui ce "tout le monde" dont on me parle à chaque fois???
Lorsque j'attendais Petite Louise Au Petit Cul, j'ai eu l'audace d'évoquer mon désir d'allaiter. Moi qui voyait ça comme la plus belle chose au monde, offrir le lait le plus adapté et parfait qui soi pour ce petit être, le donner avec amour en forgeant un lien unique d'amour entre nous etc. J'ai vite déchanté face aux réactions d'une majorité de gens, "tu t'emmerdes bien la vie pour rien alors qu'au supermarché il y a du lait en poudre vachement pratique et des biberons super hightech...".
Alors clairement, en quoi acheter d'énormes boites de lait en poudre, des biberons, des bouteilles de flottes (par ce que celle du robinet ça va pas), de devoir faire tout chauffer, mélanger, laver etc, est-il plus pratique que mes propres seins, toujours remplis de lait prêt à l'emploi et à bonne température? Pas de bazar à transporter, pas d'oubli possible, pas d'attente, pas de pénurie, pas de vaisselle, non vraiment j'ai beau cherché je ne vois pas en quoi je m'emmerdouille la vie...
"Oui mais tu va en faire un pot de colle, tu ne pourras plus sortir ni avoir de vie, tu va devenir l'esclave de ton bébé, et tu ne pourras plus rien faire sans ton mioche!", certes mais non en fait, mes filles ne sont pas plus des pots de colle que Pierre Paul ou Jacques, Bébé allaité ne rime pas avec Mère cloitré, enfin si mais c'est pas la question...
Alors c'est un fait quand t'allaite c'est compliqué de délégué, Papa n'ayant pas encore des seins gorgés de lait c'est pour ta pomme, mais le mot esclave n'est-il pas un peu fort là?? Enfin moi personnellement un esclavage autant rempli d'amour et de bonheur j'en redemande (oui je suis maso je vous l'avais pas dit?).
Je passerais rapidement sur mon aversion viscérale pour les tétines, lolettes et autres sucettes, qui m'a valu en retour des regards semi-compatissants et cette merveilleuse phrase "Mais tu seras OBLIGEE d'en avoir une!". Obligée obligée comme vous y allez, je peux encore choisir non? Et bien manifestement non, la tututte n'est pas un choix mais une obligation maternelle manifestement...
"Si tu verras tu feras comme tout le monde tu enverras ton mari t'en chercher une avant même ta sortie de la maternité!". Alors pour les futures mamans qui comme moi abhorrent les susuces, non vous ne serez obligée de rien d'autre que d'être convaincu de votre choix... 28 mois et 15 jours depuis l'arrivée de Petite Louise, 11 mois et 19 jours après celle d'Eléanore la Bourrine leur bouche est toujours vierge de suçotage intempestif de plastique moulé...
S'en est suivi des airs ahuris et autres yeux roulants levés au ciel quand j'ai mentionné l'utilisation de couches lavables... Oui Lavables, comme lavable avec de l'eau et de la lessive qu'on réutilise ensuite.
Là on a passé un cap hein, après le ton ironique de "ma pauvre fille tu ne sais même pas de quoi tu parles", de mes précédentes extravagances, j'ai eu le droit au ton réprobateur de "si ta grand-mère savait ça elle se retournerait dans sa tombe!", et celui narquois de "ben tu peux t'acheter une deuxième machine à laver hein!". Bref vous l'aurez compris l'idée rétrograde, d'envisager de ne pas se ruiner avec des couches, bourrées de produits chimiques nuisibles, qui deviendrons qui plus est des tonnes d'ordures non recyclables, est loin de faire l'unanimité...
Alors pour celles et ceux qui prendraient peur devant la tâche insurmontable de faire tourner une lessive, non ça ne me prend pas 50 lessives par jour... Ca se lave avec le reste du linge de la maison, donc ça ne m'en prend même pas une de plus. Non ce n'est pas compliqué et ça ne demande pas forcément bac+15 en pliage de tissus, en vrai ça à la même forme qu'une couche industrielle, si ce n'est qu'au lieu de la jeter à la poubelle on la balance dans la machine à laver, n'est-ce pas merveilleux? Toujours est-il 28 mois et 15 jours après l'arrivée de Petite Louise, 11 mois et 19 jours après celle d'Eléanore la Bourrine, je lave toujours mes couches. Je n'ai toujours qu'une seule machine à laver, et je ne fais toujours pas 50 lessives par jour même avec deux pisseuses en couche... Pis l'été quand il fait 40°c, c'est quand même carrément plus la classe que les Pampers qui pendouillent...
Ça commençait bien, puis il y a eu la question de l'alimentation, "comment ça tu n'achète pas de petits pots??", ben non je fais des purées maison avec des légumes frais bio de la ferme d'à côté c'est meilleur (par ce qu'entre nous soit dit, ceux qui ont déjà gouté le savent, c'est absolument infect un petit pot bébé industriel hein... Fade avec tous quasiment le même goût, il n'y a quasiment que la couleur qui change...).
"T'es folle ça demande trop de temps et ça coute trop cher entre l'achat d'un babycook et le prix des légumes on a pas les moyens!" euh t'as bien regardé le prix d'un petit pot?? Nan par ce que je te garanti qu'au prix du kg de mes carottes bio, à dépense égale je fais plus de petits pot maison que tu n'en achète de tout fait pas bio hein... Pis bon pas besoin de babycook ou quoi, par miracle de la vie j'avais déjà dans ma cuisine une casserole et un cuit vapeur, un bête mixeur et l'eau courante au robinet c'est dingue hein... Quand au temps que ça me demande, ben pas plus que de me faire cuire mes légumes pour moi...
Et puis la question fatidique de "Tu reprend quand?", je reprend quand quoi?, "ben le boulot! t'as une place en crèche ou une nounou?", ah non mais en fait je reprend pas... "Quoi??? Mais vu ton niveau c'est du gâchis! c'était bien la peine de faire des études tiens! Et vivre au crochet de la société ça te gêne pas?", ou encore "Et dire que les femmes se sont battues pour pouvoir travailler, tu n'as pas honte?". Alors d'abord je ne vie pas au crochet de la société, je vie à celui de mon mari nuance... Par ce que soit c'est moi qui suit une quiche totale soit on m'aurai menti mais je n'ai aucune aide supplémentaire pour élever mes enfants comme mère au foyer hein, on vit sur le salaire de mon mari uniquement.
Et pour le reste ben c'était bien la peine oui puisque j'ai réussi à faire avancer la science le temps où j'ai travaillé, et maintenant je donne le meilleur pour que mes enfants puisse devenir des adultes épanouis et heureux et je ne trouve pas que ça soit du gâchis du coup...
Quand au combat de nos aïeuls, il me semble qu'elles se sont battues pour avoir le droit de choisir de travailler...
"Mais tu va quand même les mettre un peu à la crèche pour les sociabiliser? Non par ce que sinon elles seront jamais capables de couper le cordon (le fameux cordon...), tu verras elles seront toujours scotché à toi, elles n'iront pas vers les autres...", et bien non zéro crèche, et non ça n'en fera pas des glus asociales, par ce que l'enfant à ça de merveilleux il est naturellement sociable, si si je vous assure larguer le dans un parc de jeu et c'est le paradis des copains et copines, à tel point que maman n'existe plus, et qu'elle en deviendrait même presque chiante à se rappeler à son bon souvenir pour brider ses débordements... Oui par ce qu'il n'y a pas qu'en crèche qu'on rencontre d'autres enfants, ou des gens... On ne vit pas dans une grotte au fin fond d'un trou perdu hein, on voit régulièrement des amis qui ont pour la plupart eux aussi des enfants. Des enfants elles en voient au parc (et pour certains de leur congénères, Dieu merci elles ne les fréquentent pas plus...). Des gens elles en voient tous les jours à la boulangerie, sur le marché, à la ferme etc.
Bref je pensais avoir fait le tour de mon côté fantaisiste avec tout ça, jusqu'à il y a peu, quand nous avons décidé, pour diverses raisons, de nous passer cordialement de l'école (qui n'est pas obligatoire hein) et d'instruire nos enfants à la maison...
Après un moment d'incrédulité le couperet tombe, "mais de quoi tu te plains c'est l'une des moins pire de la région ton école!!", "non mais faut arrêter de voir le mal partout tous les profs ne sont pas nuls et tous les enfants ne se font pas harceler!", alors oui l'école de ma ville (je dirais pas de mon quartier puisque, d'après leur découpage d'une logique, somme toute relative qui m'échappe, nous ne dépendons pas de l'école de notre quartier mais de celle à l'autre bout de la ville...) n'est pas la pire, loin de là, mais bon comment vous dire... Je ne veux pas le "moins pire" mais le mieux pour mes enfants, ce qui fait une grande différence...
Et oui tous les instits ne sont pas des nuls bourreaux d'enfants, qui enseignent à coup de dénigrement et autre humiliation, oui tous les enfants ne se font pas harceler dans la cours de récré, on est d'accord. Maintenant suis-je pour autant prête à prendre le risque de leur faire subir ça, par ce que ça n'arrive qu'aux autres jusqu'au jour où... clairement, non. J'ai la chance, ou en tout cas je me donne la chance, de ne pas me rendre compte un beau matin que mes filles ont perdu leur sourire, leur joie de vivre, leur émerveillement devant le monde, leur enthousiasme à apprendre. Tout ça par ce qu'elles seront "mal" tombées. Par ce que, la faute à pas de chance, elles auront eu le mauvais instit. Par ce que, coup du mauvais sort, il y aura un petit tyran pour les prendre pris en grippe dans la classe...
D'aucuns diront que je chipote, probablement, mais quand il s'agit de l'avenir et du bien être de nos enfants n'est-on pas en droit d'être un brin tatillon?
Une seule chose trouve grâce aux yeux des gens, et remporte un vif succès, mes coutures pour les filles...
Toute cette exploration résulte d'une phrase de Maman, qui vient de retirer ses enfants de l'école où ils étaient harcelés et maltraités, "Et on met nos enfants là-dedans? Fini! Je suis très fière de ma décision et de notre révolte. Marginaux? Nous? Non! Juste normaux!". Je n'ai pu que lui répondre"juste des parents aimant et soucieux de leurs enfants".
Et j'ai repensé à toutes ces petites choses qui me font passer pour une songe-creux bien souvent. Ces petites choses hors des mœurs qui rendent non-conforme. Et j'en suis arrivée à la conclusion que si tout ça faisait de moi une marginale alors tant mieux, par ce que mes choix n'ont qu'une inspiration, mon amour pour mes enfants. Mes choix n'ont qu'un seul dessein, le bien être de mes enfants et leur avenir. Tant pis si ils ne calquent pas à la vision de la société, si ils sont hors des sentiers battus, ils sont ce que j'ai de meilleurs à leur offrir...
Et si je regarde bien autour de moi, je dois convenir qu'ils deviennent de moins en moins marginaux, une révolution silencieuse serait-elle en route? je l'espère...
Édit: Quelques heures après avoir écrit cet article je tombe sur ce court métrage Espagnol... Un père éteint par son travail et la société, seul l'enthousiasme de son fils arrive à lui redonner un peu d'énergie et de joie, mais il se rend vite compte que l'école éteint aussi peu à peu son fils, alors il devient différent, marginal, pour rendre son fils et être lui même heureux... Bref c'est tellement mon but avec toutes mes "lubies", ne jamais voir l'étincelle qui brille dans les yeux de mes filles, leur enthousiasme, leur joie et leurs rires s'éteindre...







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